Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Pages

Archives

Publié par Edouard Boulogne

La plupart d'entre nous préfèrent la facilité à l'effort. Et sur Internet nous préférons, trop souvent, les « p'tites blagues », et les faits divers, à la lecture lente, assimilatrice, et bientôt payante et gouleyante, des plus grandes oeuvres, quand nous nous sommes donnés, par l'entraînement quotidien, les moyens d'accéder à leur substantifique moelle.

Aussi n'est-il pas certain que tous, immédiatement saisissent ( et c'est un des dadas du Scrutateur ) le sens du proverbe « c'est par la tête que le poisson pourrit », ou cette formule d'un grand linguiste : «  La pensée fait la langage, en se faisant par le langage » ( il s'agit d'Henri Delacroix ). De la même façon que le corps a besoin de nourriture terrestre pour croître et se développer, mais s'étiole et meurt sous l'effet d'une alimentation trop pauvre et déséquilibrée, de même l'esprit se développe en fonction de la langue qui lui est offerte, et tantôt plane dans les marécages puants de la vulgarité ou/et de la platitude, tantôt s'élève, mais c'est plus rare, aux confins de l'esprit, « par delà le soleil, par delà les éthers, par delà les confins des sphères étoilées, où l'esprit se meut avec agilité » comme disait Baudelaire.

Longtemps, du moins en France, une certaine élite culturelle, - dont, à mes yeux, Charles Péguy est un exemplaire rare, - se donna l'éducation pour finalité suprême, l'exhaussement des enfants à ces hauteurs baudelairiennes, sans tendre pour autant, - à l'impossible nul n'est tenu, - à faire de tous, des agrégés des lettres.

C'était le temps des belles lettres et des humanités.

Cet heureux temps n'est plus. Le temps des margoulins est venu, et celui des dirigeants porcins ( comme dans le délicieux et si profond "conte pour enfant" d'Orwell : La ferme des animaux. ( http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Ferme_des_animaux ).

Les dirigeants de trop de peuples, y compris la France, prônent, en protestant du contraire, l'anémie du langage, corrélatif de la perte de l'esprit critique, si nécessaire à la liberté, à l'amour du beau et du vrai.

Orwell, encore lui, dans son chef d'oeuvre : 1984, ( http://fr.wikipedia.org/wiki/1984_(roman) ), entre dans les détails  des techniques de la soumission la plus totale des humains à l'esclavage sous la domination de quelques-uns.

Il décrit, dans le détail, et de façon extraordinairement suggestive la création par les hommes du Pouvoir de la newspeak, ( la nouvelle langue ) cette langue décharnée qui maintiendra tout un chacun dans l'enfer de l'ignorance et de la servilité satisfaites.

Dans la magistrale étude qu'il a consacrée au grand écrivain britannique, Alain Besançon ( in La falsification du bien. Editions Julliard ) décrit ainsi le terrible outil du décervellement, et de l'abrutissement collectif : «  Le newspeak couvre les opérations d'une pensée pure, et se développe axiomatiquement. La langue est désincarnée. Les mots n'ont plus de chair. Ils n'ont plus d'affinités entre eux. Ni la poésie ni la moindre métaphore ne sont concevables. La langue de bois est l'expression sonore d'une pensée transcendante dans des gosiers impersonnels et interchangeables ».

L'apprentissage du grec ancien ou du latin, le goût de la philosophie, de la poésie, de la vraie musique, ou des oeuvres de l'art universel nous sont de plus en plus présentés comme de vaines nostalgies de gens inadaptés au Brave new world si bien décrit par Aldous Huxley.

« A quoi ça sert », dira-t-on au jeune qui voudrait étudier les langues orientales. Sauf, toutefois, sous l'angle du commerce. De même que l'apprentissage de l'anglais ou de l'allemand ignore, dans ses finalités actuelles, la lecture de Shakespeare ou de Dickens, ou de Goethe, pour s'en tenir au langage basique du commerce, des hôtesses de l'air ou d'accueil.

Il faut être attentif à ces évolutions, qui, bien entendu, nous sont présentées comme relevant de l'évolution historique nécessaire et de je ne sais quel « sens de l'histoire ».

Est-ce être excessif, en se penchant sur les idéologies de l'abrutissement, de considérer que celle dite du Gender est dans la ligne de l'OAM ( Objet : Abrutissement Mondial )?

Le premier article du dossier ci-dessous, de Michel Janva, dans Le Salon Beige, donne un exemple du projet que je déplore. Il s'intitule : Aux USA, l'idéologie du gender envahit le langage. Et cette invasion est patronnée par le lobby LGBT ( Lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres ). On pourrait en rire. J'ai essayé de montrer qu'on aurait tort de fermer les yeux sur une entreprise dangereuse, et méprisable.

Le deuxième élément du dossier consiste en une réédition d'un article que j'avais publié en 2010, ici, sur le Scrutateur.

Puissent-t-ils susciter votre attention, et le désir de relever la tête face à l'abrutissement méthodique.

 

Edouard Boulogne.

 


 

( I ) Aux Etats-Unis, l'idéologie du gender envahit le langage :

"Sur les campus universitaires, la contestation des pronoms va plus loin. Plutôt que de choisir entre « lui » et « elle », les militants prônent un pronom totalement neutre : « ze ». « Hir » serait le complément d’objet. « Hirs », le pronom possessif. Au lieu de dire : « She went to her bedroom » (elle est allée dans sa chambre), ou « He went to his bedroom » (il est allé dans sa chambre), la neutralité exigerait le très aérien « Ze went to hir bedroom ». Sans oublier le pluriel, qu’on ne saurait priver de sa neutralité : « E went to eir bedroom ».
A une époque de tentation androgyne, plusieurs associations étudiantes ont lancé un mouvement en faveur de la liberté de choisir son pronom. Elles réclament la généralisation des « PGM » ou « preferred gender pronouns » : les pronoms préférés en fonction du sexe choisi par l’individu.
Chaque étudiant doit avoir le droit de demander à être référencé par le pronom de son choix, estiment les militants LGBT : lui, elle ou « ze ». Dans le Colorado, la commission des droits civiques a pris en compte l’existence du troisième pronom. Elle a établi que le refus pour un professeur ou un employeur d’utiliser le « ze » pouvait être considéré comme une forme de harcèlement sexuel."

( II ) Pour mieux comprendre l'article ci-dessus :

 

Mon souci n'est pas une manie. 

 

http://www.lescrutateur.com/article-mon-souci-n-est-pas-une-manie-par-edouard-boulogne-44834012.html

 

On sait mon souci, même si je ne suis pas toujours à la hauteur, d'écrire une langue correcte, si possible même élégante, en tout cas tâchant de traduire adéquatement l'objet qu'elle décrit.
On parle, et surtout on écrit de plus en plus mal en France, et ce relâchement est un symptôme de la décadence en cours. 
Il ne s'agit pas d'une manie de professeur à l'ancienne. Plutôt d'une conviction fondée, tant sur l'histoire ( c'est par la tête que le poisson pourrit! ), et l'étude des linguistes, psychologues et anthropologues, qui constatent l'étroite corrélation existant entre la maîtrise, l'usage d'une langue plus ou moins riche, et le développement corrélatif de l'intelligence et du jugement. 
"La pensée fait le langage, en se faisant par le langage" disait l'un de ces spécialistes, Henri Delacroix. 
D'où l'importance de détruire ou d'amoindrir la langue si l'on veut affaiblir et  asservir un peuple. Les politiciens le savent bien, particulièrement les partisans d'un désordre totalitaire, que ce soit le totalitarisme dur du nazisme ou du communisme, ces deux frères ennemis, ou le totalitarisme mou et dégueulasse d'une certaine mondialisation "libérale". 
L'observation quotidienne, et critique de la télévision, l'étude attentive d'une campagne électorale confirme à l'envi mon propos. 
Au XXe siècle, un auteur britannique, Georges Orwell, dans un livre de tout premier ordre, et qu'il faudrait que tous les hommes épris de liberté aient lu : 
1984, a nommé "Novlangue" l'indigeste jargon dont il faut pénétrer tout un chacun pour faire des sujets libres d'une civilisation, les bêtes du troupeau dont rêvait le Créon de l'Antigone d'Anouilh : " des bêtes, ce serait si simple".  
Dans « 1984 », la novlangue est définie comme la langue par laquelle les multitudes sont contrôlées. Elle a une visée exclusivement utilitaire, « miniver » désignant par exemple le ministère de la vérité. Il n'est pas question, ce soir (12 février 2010), de la décrire, Orwell consacrant à cette tâche des pages nombreuses, d'une précision et d'une verve éblouissante.
La novlangue constitue une savante langue de bois, nullement la marque du laisser aller de ceux qui visent la facilité, par paresse ou démagogie. Elle est au contraire une véritable science, qui ne tend à rien moins qu'à "posséder" les hommes, en égarant leurs esprits, en les pénétrant d'une somnolence mortelle qui leur fait perdre le sens de la vérité, et l'idée même que ce mot ait un sens, corresponde à une réalité. 
Ces considérations me sont inspirées par le catalogue d'expressions de la langue de bois ambiante, que m'adresse mon ami Louis Dessout, et qui constituent le patois quotidien de la majorité de nos journalistes, et aussi des politiciens de basse extrace spirituelle qui constituent le gros du troupeau de ceux qui se présentent à nos suffrages, nous assomment de leur jargon, et, il faut le dire pour les dédouaner quelque peu, sont les premières victimes des impitoyables maîtres qui les entubent à leur insu, les O'Brian et les Goldstein ( voir 1984, livre de poche).  
Mais lisez plutôt ces formules toutes faites, ces slogans de notre abêtissement.

Edouard Boulogne.


 

Quelques exemples de la novlangue (nouvelle langue) : les mots façonnent les esprits puis modifient la manière de penser . 

Ne dites plus clandestin mais candidat à l'immigration (Figaro)

  • Ne dites plus clandestinimmigré illégal, ni même sans-papiers, mais privés de papiers  

  • Ne dites plus discrimination positive mais encadrement différencié (Belgique)  

  • Ne dites plus quartier à majorité immigrée mais quartier populaire (tous les médias)

  • Ne dites plus ni crimesagressionsviolences, mais plutôt actes de délinquanceou incivilités.

  • Et encore mieux bêtises   ou faux-pas (France 2). Récent : les inconduites (CNRS)

  • Ne dites plus émeutes ou guerre des gangs mais incidents (partout)

  • Ne dites plus immigration mais mobilité européenne (Frattini, commissaire européen)

  • Ne dites plus immigré mais client (autorités finlandaises)  

  • Ne dites plus bandes mais identités de quartier.  (LCI.fr)

  •  

    Ne dites plus  enfants d'immigrés mais enfants issus de familles d'éducations éloignées  

  • Ne dites plus attraper les voleurs mais lutter contre les délits d'appropriation(France)  

  • Ne dites plus des vauriens font des graffitis mais des graffeurs habillent la ville de couleurs ». 

  • Ne dites plus un voyou notoire mais un individu défavorablement connu de la justice (tous les médias)

  • Ne dites plus mosquée mais centre culturel et religieux. (partout)

  • Ne dites plus fusillade mais bagarre par balles (source)

  • Ne dites plus Français moyen attaché à sa culture mais raciste

 

 

( 1 ) Affiche du film, excellent, 1984, inspiré d'Orwell. ( 2 ) LGBT ! ( 3 ) Huxley : Le meilleur des mondes.
( 1 ) Affiche du film, excellent, 1984, inspiré d'Orwell. ( 2 ) LGBT ! ( 3 ) Huxley : Le meilleur des mondes.
( 1 ) Affiche du film, excellent, 1984, inspiré d'Orwell. ( 2 ) LGBT ! ( 3 ) Huxley : Le meilleur des mondes.

( 1 ) Affiche du film, excellent, 1984, inspiré d'Orwell. ( 2 ) LGBT ! ( 3 ) Huxley : Le meilleur des mondes.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Ch Etzol 09/05/2014 18:54

A la fois matérialisme et idéalisme. Au besoin, substituer n'importe quelle représentation abstraite à la réalité, car l'objectif,c'est faire feu de tout bois! C'est l'idéal révolutionnaire,essentiellement DIALECTIQUE,
en fait comme en théorie.Le fameux Jaurès le résumait en précisant :"Ce qu'il faut sauvegarder avant tout, c'est cette idée qu'il n'y a pas de vérité sacrée..;qu'une révolte secrète doit se mêler à toutes nos affirmations et à toutes nos pensées..."
J'aimerais proposer aux lecteurs, pour réflexion si le Scrutateur le juge utile, un texte de M. Gustave Thibon paru dans la revue itinéraires en 1956 mais encore d'actualité :
" Nous avions appris que les essences sont déterminées et que les actes , les évènements sont contingents
[remarque: ils peuvent être ou n'être pas]
On nous enseigne le contraire, à savoir que la nature humaine ( s'il est permis d'employer encore ce mot) est foncièrement CONTINGENTE, INDETERMINEE, MALLEABLE, tandis que les évènements sont nécessaires et qu'ils nous "informent", nous re-créent sans cesse.
Pour ces pseudo-métaphysiciens, tout est obscur dans l'homme (son être, qu'on ne définit jamais, se dissout dans l'économique et le social) mais tout est clair dans l'histoire. Nous ne savons pas qui nous sommes, mais nous savons où le temps nous mène. C'est le chemin qui crée, non seulement le but mais le voyageur lui-même.
Dans cette conception, ce n'est pas l'homme qui fait l'histoire, c'est l'histoire qui fait l'homme. Le temps n'est plus un canevas à remplir, un instrument offert à l'homme pour déployer sa liberté, c'est-à-dire pour réaliser son destin temporel et préparer son destin éternel ; non, c'est l'homme qui est l'instrument du temps, la matière informe et chaotique qui reçoit sa forme et sa fin de ce démiurge . [remarque : Dieu créateur]

L'histoire, ainsi érigée en acte pur et en puissance créatrice, ressuscite à son profit les plus sombres idolâtries des âges barbares ; DANS CETTE PERSPECTIVE, TOUS LES SACRIFICES HUMAINS SONT PERMIS ET EXIGES : pourvu que le char divin poursuive sa course lumineuse, qu'importe les êtres obscurs broyés par ses roues!
Si, en effet, tout le vrai et tout le bien résident dans l'avenir, les pires horreurs du présent se trouvent justifiées : est bon tout ce qui conduit à cet avenir [ remarque: toujours radieux!], tout ce qui est conforme au sens de l'histoire..."

Le mouvement ou l'élan tiennent lieu d'arguments, portent en eux-mêmes leur propre justification et non par référence à la qualité d'une fin. N'est ce pas l'esprit du monde d'aujourd'hui ?
Saint Augustin disait, il me semble : "bene curris, sed extra viam" ...Il leur suffisait d'écouter Moïse leur parler de l'Eternel et Jésus de son Père.

André Derviche 09/05/2014 13:18

Hé oui ! L'idéologie qui modifie le langage, et le langage qui modifie la conscience (à tous les niveaux, sans jeu de mot). Ainsi, à force d'aboyer, l'homme devient chien, pour prendre une image. Et dans un monde dominé par la communication, ou le matraquage ne permet plus aucune respiration de l'esprit, de moins en moins de gens vivent comme ils pensent (parce qu'ils pensent de moins en moins) et du coup ils pensent comme ils vivent, c'est-à-dire dans le conditionnement le plus pavlovien qui soit. Merci Scrutateur de souligner l'abrutissement programmé - criminellement programmé - auquel nous expose la médiasphère au nom du matérialisme, tantôt marxisant (communisant, quoi ! sous couvert d'écologie éventuellement), tantôt friquisant mais toujours mû par la quête du pouvoir et par la volonté de réduire en esclavage du plus grand nombre, sous couvert de liberté et d'émancipation. D'émancipation par rapport à quoi ? Mais par rapport à la loi naturelle, voyons ! Le fameux "Non serviam", une véritable signature comme chacun sait.