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Publié par Edouard Boulogne

Le Scrutateur publie une très belle allocution prononcée en 1949 par le président Gaston Monnerville, à l'occasion du transfert au Panthéon des cendres de Victor Schoelcher, et de Félix Eboué.

A la suite de ce texte, nous publions un dossier sur la question de l'esclavage. Il est probable que vous ne prendrez pas connaissance en une seule fois de la totalité des textes de ce dossier. Je vous suggère d'y revenir, plusieurs fois. Et mieux, de conserver dans vos archives ces articles qui tentent de montrer la complexité d'une question qui n'intéresse pas seulement les hommes de bonne volonté.

 

LS.

 

"Je ne suis pas esclave de l'esclavage qui déshumanisa mes pères. Je ne suis pas venu sur terre pour faire le bilan des valeurs nègres. Je ne suis pas venu sur terre pour faire payer au monde blanc, par mon ressentiment, le malheur fait à mes pères. Mon unique prière : ô mon coeur, fais de moi toujours un coeur qui interroge !" 

 

 

 

Allocution du Président Monnerville à la radio le 19 mai 1949

 

 

Un acte unique dans l'histoire du monde s'accomplit à Paris.

L'homme qui a consacré sa vie à la lutte pour la libération des hommes, Victor Schœlcher, et l'un des fils les plus représentatifs des effets de cette libération, Félix Eboué, sont solennellement inhumés au •Panthéon, par la volonté de la nation française.

Victor Schœlcher ! Un nom qui, pour nous, fils d'outre-mer, brillera toujours d'un exceptionnel éclat.

Celui de l'Alsacien tenace, généreux, pleinement humain qui, toute sa vie, refusa de reconnaître les différences entre les hommes, se dressa contre toutes les injustices, lutta, sans merci, contre l'esclavage des Noirs, au nom du respect de la dignité humaine et qui, au prix de mille périls, finit par arracher les glorieux décrets du 27 avril 1848, édictant, sans retour : « Nulle terre française ne peut plus porter d'esclaves.

De toutes les réformes qu'a si généreusement tentées la Révolution de 1848, la conquête définitive, jamais remise en question., fut l'abolition de l'esclavage. Elle répondait à la sensibilité et à l'instinct du peuple de France. Le peuple de France est hostile à toute négation de la liberté. Si le mérite des philosophes et des orateurs du XVIIIe siècle fut de diffuser par l'écrit ou la parole, l'idée de l'émancipation, on peut affirmer qu'elle préexistait dans la sensibilité populaire. Ayant conquis la liberté par sa volonté et son propre sursaut, la masse française voulait l'étendre à tous les peuples asservis.

Le mérite immense de Victor Schœlcher a été de se dresser farouche­ment et victorieusement contre tous ceux qui voulaient attendre, patien­ter et ruser. Il n'admit pas que fût seulement discuté le principe de l'af­franchissement général : « Ce principe, proclamait-il, est intimement lié au principe même de la République ; il se pose, il ne se discute plus aujourd'hui, y

Quant aux conditions de l'émancipation, il n'admit pas davantage de discussion : l'émancipation devait être immédiate et totale.

La République, dit-il, ne peut accepter aucune sorte de transaction avec cet impérieux devoir ; elle mentirait à sa devise si elle souffrait que l'esclavage souille plus longtemps un seul point du territoire où flotte son drapeau. »

Et le rapport désormais historique que Schœlcher rédigea au nom de la Commission de l'abolition de l'esclavage qu'il présidait en Î848, se ter­mine par cette proclamation qui atteint au plus haut sommet de la solida­rité humaine :

« La République n'entend plus faire de distinction dans la famille humaine. Elle ne croit pas qu'il suffise, — pour se glorifier d'être un peuple libre —, de passer sous silence toute une classe d'hommes tenus hors du droit commun de l'humanité. Elle a pris au sérieux son principe, elle répare envers ces malheureux le crime qui les enleva jadis à leurs parents, à leur pays natal, en leur donnant pour Patrie, ta France, et pour héritage tous les droits du citoyen français. Par là, elle témoigne assez hautement qu'elle n'exclut personne de son éternelle devise: Liberté, Egalité, Fra­ternité. »

Telle est l'œuvre réalisée par Victor Schœlcher.

Si étonnante, si haute, si noble fut sa constante action pour la faire aboutir, qu'il fit l'admiration de ses contemporains.

Lamartine, qui fut témoin des difficultés qu'eut à vaincre quotidienne­ment cet apôtre de l'égalité des hommes, a écrit de lui :

«Schœlcher n'a point passé une heure sans s'oublier. La justice est sa respiration ; ie sacrifice est son geste ; le droit est son verbe. Chacune de ses réflexions fait penser à ce que nous nommons le ciel. Il est matéria­liste et il ne croit pas en Dieu. Comment l'homme peut-il tirer tant de vertu de lui-même ! »

A cette question de Lamartine, je réponds : c'est parce qu'il avait foi en l'homme.

Sa croyance, c'était la croyance aux valeurs humaines.

Il savait qu'il n'est pas de tâche plus noble que celle qui, renouvelant le geste du sculpteur qui pétrit avec amour une argile informe jusqu'à lui donner corps et vie, veut buriner dans la lumière le visage de l'homme, son semblable, le relever du servile état où iî croupit à genoux et, lui ouvrant les bras en un geste de fraternel amour, lui dire : « Toi aussi mon frère, tu es un homme, »

Voilà la vraie grandeur de Victor Schœlcher.

Voilà son immortel message à l'humanité.

Voilà la raison de la reconnaissance immuable des peuples libérés par son acte de foi.

C'est ce qui l'a rendu digne de rejoindre les gloires les plus hautes que la France, qui se souvient, honore en son Panthéon national,

Schœlcher avait dit ; « Aux Noirs libérés, la République donne pour patrie îa France. »

Félix Eboué a justifié ce geste.

Aux heures incertaines et lourdes de notre récente histoire, iî a mon­tré que, pour nous, France et Liberté n'étaient qu'une seule et même chose. Premier résistant d'outre-mer, il a symbolisé, par son adhésion active et spontanée à la continuation de la lutte pour la liberté, la volonté des fils d'outre-mer de rester fidèles au message exaltant de Victor Schœlcher,

C'est ce message d'humanité qui a guidé Félix Eboué et nous tous résistants d'outre-mer, à l'heure où le fanatisme bestial menaçait d'éteindre les lumières de l'esprit et où, avec la France, risquait de sombrer la liberté.

C'est ce message qui illuminait le front de ces hommes d'outre-mer, lorsque, répondant à l'appel de leur frère .Félix Eboué, ils partirent pour la croisade de la libération, surgissant du Tchad à travers le Fezzan, parcourant victorieusement la Lybie, la Tripolitaine, la, Tunisie, remon­tant îa vallée du Rhône, et parvinrent en Alsace, devant Colmar, patrie de Victor Schœlcher où, «mêlant leur sang rouge au "sang "rouge de leurs frères blancs », ils libérèrent, à leur tour, le berceau de leur Libérateur.

A l'appel de Félix Eboué, ces fils d'affranchis se jetèrent dans la lutte, non comme des mercenaires sans âme, mais comme des hommes qui, depuis Schœlcher et grâce à Schœlcher, ont compris qu'il n'est pas au monde de bien supérieur à la Liberté.

C'est pour immortaliser ce symbole que nous avons demandé que soient désormais unis, en une même sépulture, les deux hommes qui le concrétisent à nos yeux : Victor Schcelcher et Félix Eboué.

Notre piété reconnaissante a voulu réunir en un même hommage ces deux hommes qui symbolisent à la fois le geste libérateur de 1848 et ses conséquences humaines. Réalisant l'une des aspirations les plus anciennes des hommes de couleur, dont je me suis fait l'inlassable porte-parole, le Parlement français a décidé ce transfert au Panthéon national, synthétisant en un geste émouvant ces cent années d'histoire de la Liberté.

Le destin a parfois de curieux retours de justice. Il me fut donné, comme Président du Conseil de la République, de présider la séance où fut décidé ce double transfert.

Homme de couleur, compatriote et congénère de Félix Eboué, descen­dant moi aussi de ces affranchis auxquels, il y a un siècle, Victor Schœlcher a rendu la liberté et apporté le message de la France, je proclamais, au nom de la Nation française, que Victor Schœlcher, le Libérateur, repo­serait désormais au Panthéon national.

Pourquoi le cacher ? En lisant à haute voix, du haut du fauteuil prési­dentiel, ce texte de loi, bref et clair, qui consacrait l'immortalité de Schœlcher et d'Eboué, j'étais violemment ému. Je voyais surgir autour de moi et monter, comme en une résurrection subite, la légion innom­brable de tous ces opprimés qui, pendant des siècles, avaient souffert de la servitude et qui, par ma voix devenue la leur, criaient en cet instant : « Schœlcher a bien mérité de l'Humanité. »

Peu d'hommes, sans doute, ont connu dans leur existence une minute d'une aussi bouleversante émotion.

Et, dans quelques instants, Victor Schœlcher et Félix Eboué seront unis, le même jour, en un même cortège, dans le même sanctuaire de la Montagne Sainte-Geneviève, par la volonté de la Patrie reconnaissante.

Deux Français, très grands et très nobles.

Deux hommes, dignes du beau nom d'homme.

Deux purs symboles de la fidélité à la dignité humaine.

 

( Ce texte constitue l'annexe n° V des Mémoires de M. Gaston Monnerville, publiées sous le titre : Vingt-deux ans de présidence. .

 

 

Dossier sur l'esclavage.

Esclavage, histoire, mémoire, et fonds de commerce. ( Dossier scrutateur ).


 

( Quelque chose qui est dans l'air, comme une odeur de prurit , qu'on empêche de cautériser en le grattant sans cesse, et cela pourrait évoluer en gangrène, me dit qu'il faut revenir, sérieusement, aujourd'hui, sur le thème de l'esclavage. Guadeloupéens, Martiniquais vous en avez marre? MOI AUSSI.

Mais, à la guerre, on en a vite marre, et pourtant il faut se battre jusqu'au bout, jusqu'à la victoire.

La guerre que j'évoque est une guerre culturelle. Beaucoup ( pas tous ) des « zinzintellos » qui planchent sur la question de l'esclavage, n'ont aucune intention scientifique d'historiens.

Ce sont des agitateurs, pour la plupart, avec en renfort une poignée "d'idiots utiles", qui apportent la caution nécessaire.

Je vous propose donc, un dossier rassemblant quelques-uns des articles et études publiés sur le Scrutateur, et sur ce sujet, et aussi une intéressante analyse, posée, de l'écrivain Daniel Maximin.

Parlez-en, faites circuler. Et surtout, lisez vous-même, attentivement.

 

E.Boulogne ).

 

 

( I ) Titiane N'diaye et l'histoire des traites négrières : http://www.lescrutateur.com/article-tidiane-n-diaye-et-la-commemoration-des-traites-negrieres-102313046.html

 

( II ) Une synthèse sur l'esclavage : http://www.lescrutateur.com/article-29877544.html ( Par Edouard Boulogne ) .

 

( III ) Le Noirisme :: http://www.lescrutateur.com/article-28864292.html

 

( IV ) L'esclavage, un fonds de commerce : http://www.lescrutateur.com/article-28864292.html

 

(V ) Le mythe de Gorée : http://www.lescrutateur.com/article-tidiane-n-diaye-et-la-commemoration-des-traites-negrieres-102313046.html

 

( VI ) Pas d'accord pour en faire un fonds de commerce, par Boidiel Ould Homeid 

: http://info2larue.wordpress.com/2011/08/17/boidiel-ould-homeid-pas-d%E2%80%99accord-avec-ceux-qui-profiteraient-de-l%E2%80%99esclavage/

 

( VII ) L'esclavage (suite) : des dangers de l’ignorance et de la bêtise. Ce qu'il faut cacher ! :


 

( VIII ) Une analyse de l'écrivain Daniel Maximin.


Cette analyse vieille déjà de quelques années, garde son actualité, et mérite d'être prise en considération.

http://www.linternaute.com/histoire/magazine/interview/daniel-maximin/retranscription-daniel-maximin.shtml

 

Photos n° 2, 3,4, et 5 : Félix Eboué ( au centre ), Victor Schoelcher, Gaston Monnerville, et Daniel Maximin.
Photos n° 2, 3,4, et 5 : Félix Eboué ( au centre ), Victor Schoelcher, Gaston Monnerville, et Daniel Maximin.
Photos n° 2, 3,4, et 5 : Félix Eboué ( au centre ), Victor Schoelcher, Gaston Monnerville, et Daniel Maximin.
Photos n° 2, 3,4, et 5 : Félix Eboué ( au centre ), Victor Schoelcher, Gaston Monnerville, et Daniel Maximin.
Photos n° 2, 3,4, et 5 : Félix Eboué ( au centre ), Victor Schoelcher, Gaston Monnerville, et Daniel Maximin.
Photos n° 2, 3,4, et 5 : Félix Eboué ( au centre ), Victor Schoelcher, Gaston Monnerville, et Daniel Maximin.
Photos n° 2, 3,4, et 5 : Félix Eboué ( au centre ), Victor Schoelcher, Gaston Monnerville, et Daniel Maximin.

Photos n° 2, 3,4, et 5 : Félix Eboué ( au centre ), Victor Schoelcher, Gaston Monnerville, et Daniel Maximin.

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