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Publié par Edouard Boulogne

Le Scrutateur ne cesse d'appeler ses lecteurs de droite à la prise de conscience de l'importance, dans un monde en proie au nihilisme de gauche, d'une réflexion culturelle sur les fondements d'une société de justice et d'équilibre. Les partis de droite traditionnelle l'UMP, les « centristes » de l'UDI sont actuellement à côté de la plaque, ce qui explique, quand ils parviennent au pouvoir la déception de leur électorat, du moins de la fraction de cet électorat qui considère que la politique ne se limite pas à la bonne gestion de l'économie, en admettant que cette droite dite des « modérés », ait sur le plan économique une vision tellement différente de celle de la gauche « modérée » ou si l'on préfère "social-démocrate".

Les « mouvements sociaux » de l'année 2013, ( Manif pour tous, etc ) tendent à montrer qu'un changement est peut-être en train de s'opérer. Peut-être!

 

Nous vous proposons, à cet égard, un extrait d'un débat qui a paru récemment dans le Figarovox.

LS.

 

Figarovox propose un débat intéressant entre François-Xavier Bellamy, maire adjoint de Versailles (sans étiquette), et Gaël Brustier, membre du Parti socialiste. Extraits :

Gaël Brustier: [...] A quoi correspond cette domination culturelle des droites en Europe? Je soutiens l'idée que c'est la peur du déclin, l'idée que la société «occidentale» serait menacée qui détermine les paniques morales, véritables moteurs de la reconfiguration du débat public. Il y a une vague droitière en Europe, même si l'on ne peut pas mettre Geert Wilders (leader du parti populiste néerlandais PVV) et la «Manif pour tous» sur le même plan. Pourtant ils correspondent, chacun à leur manière, à des angoisses de populations différentes face à une même idée, celle du déclin supposée de la «civilisation occidentale».
François-Xavier Bellamy: Je suis d'accord avec Gaël Brustier pour dire qu'il y a une transformation en profondeur des catégories dans lesquelles se construit la conscience politique contemporaine. Il est donc bien difficile de lire la domination de l'une de ces catégories traditionnelles aujourd'hui. On voit bien qu'il se passe quelque chose autour de la catégorie traditionnellement considérée comme de droite ; et cependant la conscience politique nouvelle qui émerge ne se fait pas autour des structures traditionnelles d'expression politique. Les partis politiques de droite en Europe, et particulièrement en France, ont du mal à comprendre ce qui est en train de se passer dans la conscience politique de leur électorat. Pour reprendre l'expression utilisée par Gaël Brustier, la situation actuelle se caractérise par une forme de «panique morale», une inquiétude qui cristallise cette reconfiguration idéologique. Mais je crois qu'elle est d'abord due au fait que les citoyens ont le sentiment que la politique n'a plus de prise sur le réel. Dans ce discrédit jeté sur la classe politique, il n'y a pas seulement de la peur: il y a surtout un désir de refondation, l'espoir d'une nouvelle perspective, qui n'a pas encore trouvé de moyen d'expression - d'où le fait qu'il se caractérise comme inquiétude.
Comment analysez-vous le phénomène Manif pour tous ? Est-ce un mai 1968 à l'envers ? Le dernier cri d'un monde qui meurt ? La naissance d'un Tea party à la française ? La reprise en main culturelle de la droite par la rue ?
F-X B: Rien de tout cela. Je pense là encore que nous sommes d'accord pour dire qu'on assiste à un phénomène nouveau. La conscience politique qui émerge chez la jeune génération, notamment à droite, reconduit paradoxalement toute une famille de pensée vers une forme d'héritage qui était plutôt lié à la gauche: le refus de l'individualisme, la volonté d'une liberté qui soit accolée à une exigence de responsabilité devant l'avenir, la prise en compte d'une forme d'écologie intégrale authentique et cohérente.
Une autre transformation inédite dans cette nouvelle conscience politique, c'est le primat de l'intellectuel et du culturel, qui étaient là encore, dans les dernières décennies, l'apanage de la conscience politique de gauche. Au XXème siècle, les mouvements de gauche avaient compris que les mutations politiques se jouent d'abord sur le terrain culturel ; alors que la droite a toujours cru - du moins une partie de la droite, celle qui est aujourd'hui institutionnellement majoritaire - au primat de l'économie dans la vision politique. De ce point de vue-là, une évolution très profonde est en train de se jouer à droite: à la faveur des récents débats de société, toute une partie de l'opinion prend conscience de l'importance déterminante de l'engagement culturel.
G B: La Manif pour Tous est un vrai mouvement social, complet qui a ses intellectuels, ses réseaux économiques, ses cadres politiques, ses nouveaux venus et ses activistes. Il fait renouer la droite avec la rue, ce qui est déjà arrivé dans l'histoire. Comment le catégoriser? Il me semble que c'est bien un mouvement de droite: si on regarde les cadres, que ce soit les Veilleurs, les Hommen, tous ces groupes, je n'ai jamais rencontré un électeur de gauche, même si certains ont basculé politiquement. Il y a une dimension conservatrice au sens philosophique du terme mais aussi une dimension populiste de contestation des élites (sans que ce soit péjoratif). On a aussi une dimension clairement identitaire. [...]
F-X B: Vous avez raison de dire que les cadres de ce mouvement viennent de la droite ; mais, encore une fois, c'est une droite qui s'est découvert subitement une conscience de gauche. Ce mouvement social (l'expression même appartient au vocabulaire de la gauche) s'est formé, non pas par un simple réflexe conservateur, mais contre une forme d'ultra-libéralisme, au nom du refus de l'envahissement du marché. Ce sont là des cadres intellectuels qui étaient plutôt liés à la conscience politique de gauche. [...]"

 

La droite doit prendre conscience de l'importance de l'engagement culturel
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